Danton Eeprom – If Looks Could Kill

COVER_Danton Eeprom - If Looks Could KillEeprom signifie Electrically-Erasable Programmable Read-Only Memory, c’est un type de mémoire informatique programmable et lisible à l’infini.

L’informatique, il est tombé dedans quand il était petit à Marseille. La maman de Danton, qui procure à son fils unique un Thomson MO6 dès ses 6 ans, n’en espérait certainement pas tant. Après des études d’informatique (évidemment), puis d’anglais (c’est un anglophile de toujours), il se forme surtout au son. Son groupe lycéen Dust Art, aventure séminale de 7 ans, lui donne accès au Studio de la Rose Des Vents à Aix-en-Provence. Il y apprend à mixer en enregistrant leur album, qui ne verra jamais le jour. Qu’à cela ne tienne, le parc de synthés analogiques d’un studio où enregistrent Jean-Jacques Goldman et son guitariste Michael Jones devient son école buissonnière. Entre ses sessions diurnes d’assistant, il bidouille et apprivoise les machines toute la nuit, jusqu’à l’épuisement. On lui fait confiance, on lui donne les clés : il y fait en quelque sorte son compagnonnage. C’est là qu’il enregistrera son premier album « Yes Is More », loin de l’agitation de la ville.

Puis vient Londres, sur un coup de tête, avec seulement un laptop et un synthé en poche. Dur dur de retrouver le même niveau d’exigence sans moyens. Heureusement, Andrew Weatherall l’adoube et joue l’entremetteur providentiel. Ca vous pose son homme ! Petit à petit, Danton réussit à reconstituer chez lui son studio idéal. Ce qui lui demande beaucoup de travail. Au point d’avouer que pendant l’enregistrement de cet album, il a failli arrêter la musique au moins une dizaine de fois.

Heureusement, Londres l’inspire. La difficulté d’y faire sa place, la rugosité de son climat, mais aussi un respect de la vie privée et de la singularité incomparable le nourrissent. Le dandy insatiable y a autant trouvé son havre de paix qu’un puissant aiguillon créatif. « Never Tell » a la classe d’une apparition nocturne de Bryan Ferry en plein fog à la sortie d’un concert de Roxy Music à Hyde Park !

« Work hard, Party hard » disent les Anglais ! Danton ne demande que ça et laisse libre court à son perfectionnisme à outrance. « If Looks Could Kill » a demandé plus d’un an et demi de travail et jusqu’à 26 versions de certains morceaux pour atteindre l’excellence. Pour une fois il a pris son temps, poussé par le patron d’InFiné Alexandre Cazac, le directeur artistique que Danton attendait.

C’est par « Biscotto & Chimpanzee » que tout a commencé. Sa synth pop à l’écoute de laquelle on irait bien se baigner aux Baléares, a dressé le plan d’un album dense et généreux. L’étalon pour la production a été « Hex Tape », dont Danton assume le guilty pleasure quand il évoque son parfum de hip-hop lascif, comme sur « All American Apparel », appel affolant au pole dance, dont l’efficacité synthétique et surannée est redoutable… « oops, I did it again » ! Emma Darling, pur produit de l’East London à la gouaille bigarrée, pose sa voix sur « Hex Tape ». Danton l’a rencontrée lors d’un karaoké un jour de l’an, toujours là où on ne l’attend pas !

« All Dressed Up (And Nowhere to Go) » est une expression anglaise qui décrit ces situations où l’on s’apprête parfaitement pour finalement ne rien faire. Une certaine notion de la futilité et de la solitude urbaine qu’il a lui-même clippée. Un peu parce qu’il l’a forcément vécue à Londres. Beaucoup parce que pour lui tout est lié. Comme sur son précédent album, il chante et joue de tout, préférant « jouer de tout mal que bien d’un seul instrument ». Et comme il considère ses morceaux comme des courts-métrages, autant les mettre lui-même en image.

Un vrai touche-à-tout, qui ne peut s’empêcher de mettre les mains dans le moteur et d’aller faire les 400 coups derrière le rideau ! Un sens du décalage constant qui convoque son âme d’enfant, qu’il cultive pour rester sur la brèche.

Sur « FemDom », on retrouve la fascination pour les caves moites et les beats retors de Detroit qui ont fait sa réputation. Une électro racée et sensuelle qui évoque les nuits où les corps se frottent et transpirent, dans la promesse de rencontres à l’issue certaine. Des nuits au bout desquelles on a trop bu et trop fumé, mais qu’on aimerait ne pas voir s’achever. « Occidental Damage », seul titre déjà sorti en maxi, résolument techno et terriblement efficace, se fond à merveille dans l’ensemble. « Hungry For More » avec ses synthés et sa basse charnelle, ses voix séductrices et vénéneuses, prépare une sortie en beauté pour un « All Eyes On Me » en forme d’All Tomorrow’s Parties sans fin.

Danton Eeprom embrasse la production avec autant de panache que de désinvolture, entre fraîcheur et décadence. Le romantique au cœur de silicium savoure sa trentaine et continue de faire fi des cloisonnements, en effaçant les lignes de démarcation entre électro et rock. Avec « If Looks Could Kill », il crée un virus malin et voluptueux à vous faire fondre le système !

 

Tracklist
01. Melodrama In Cinerama
02. Biscotto & Chimpanzee
03. Hex Tape
04. FemDom
05. All American Apparel
06. Never Ask, Never Tell
07. All Dressed Up (And Nowhere To Go)
08. Occidental Damage
09. Hungry For More
10. All Eyes On Me

 

Sortie : 3 février 2014 – InFiné