Marie Davidson – Working Class Woman

Le nouvel album de Marie Davidson est une réflexion sur elle-même. « Working Class Woman” est le quatrième album de la montréalaise, et son plus introspectif à ce jour : une mise au point sur son état d’esprit, le bilan d’une année passée à Berlin, et un commentaire sur le stress et les tensions d’une vie qui gravite autour de la musique électronique et de la culture des clubs. Pour aborder ces moments compliqués, elle choisit d’explorer ses propres réactions avec une bonne dose d’autodérision et en s’inspirant de ses expériences, ainsi que des écrivains, penseurs et cinéastes qui l’ont influencée. « Ça vient de mon cerveau, à travers mes expériences: la souffrance et l’humour, la joie et la noirceur d’être Marie Davidson », explique-t-elle. C’est un portrait honnête de son état actuel. Pour reprendre ses mots, « c’est un album égoïste et je suis en paix avec cela. »

Ce nouveau long format poursuit la trajectoire entamée avec son album précédent, « Adieux Au Dancefloor” (Cititrax / Minimal Wave), salué par des médias internationaux comme Pitchfork (“un projet qui relate l’évolution passionnante et quasi exponentielle de ses capacités d’écriture et de production”), The Fader et Resident Advisor, qui a rendu sa musique accessible à un public plus large et lui a apporté le soutien de pairs comme Nina Kraviz et Jessy Lanza. L’album est également l’aboutissement d’une carrière qui englobe un album ambient avec Les Momies de Palerme paru via le label montréalais Constellation (Godspeed! You Black Emperor), son duo de synth-disco DKMD (projet formé avec David Kristian), ainsi que Essaie Pas (signé chez DFA) avec qui elle a façonné, en partenariat avec son mari et collaborateur Pierre Guerineau, un mélange rafraîchissant de synth minimaliste et de cyberpunk coldwave (The Guardian).

Le son de « Working Class Woman » est plus direct que celui de ses sorties précédentes. Ses influences restent les mêmes, de l’italo disco au proto-industriel et à l’électro, mais elle y incorpore plus de poids. En résulte un disque plus viscéral que tout ce qu’elle a pu faire dans le passé. L’artiste réussit à équilibrer le tout en associant ce son industriel à du texte parlé, plutôt que du spoken word qu’elle entrevoit comme une tradition bien à part. Les paysages sonores riches et sombres sont contrebalancés par des propos teintés d’humour plus noir qu’auparavant; elle se penche sur la culture des clubs et envoie des critiques au monde moderne.

Cette volonté est habilement représentée par la dynamique puissante du single phare ‘So Right’, qui combine des paroles épurées avec une ligne de basse mélodique et des synthés éclatants : ces paroles dessinent le contour d’une sensation euphorique à laquelle la musique fait écho. Il sort aujourd’hui, accompagné d’un remix de John Talabot, où ce dernier ralentit la cadence, créant une ambiance posée, portée par une ligne de basse langoureuse. Avec ‘Work It’, elle se penche sur son rapport au travail. Dès les toutes premières paroles, elle déclare, “You wanna know how I get away with everything? I work, all the fucking time (Tu veux savoir comment je m’en tire toujours ? Je travaille, tout le putain de temps).” Logiquement, ce titre n’offre aucun répit : c’est un groove robotique et saccadé, court et percutant.

Marie avoue être un bourreau de travail, et l’album peut également être vu comme une réaction à sa vie en tournée, qui a monopolisé la majeure partie de son temps l’année dernière et qu’elle a trouvée aussi enrichissante que déstabilisante. Aussi bien en solo qu’avec Essaie Pas, elle s’est produite au Sonar Festival – où elle a présenté son spectacle Bullshit Threshold qui combine performance, texte parlé, projections vidéo et matériel analogique -, Primavera, Dekmantel et MUTEK. Son live est un projet créatif qui alimente à son tour sa musique. En jouant et voyageant seule (ce qui signifie qu’elle doit gérer tout son matériel elle-même, y compris les séquenceurs, les synthés et un micro pour chanter et parler), elle a l’opportunité d’improviser et d’assurer que chaque spectacle soit unique. Mais en même temps, ceci exige qu’elle projète un personnage: une tâche qui peut entraîner une perte de repères.

En réponse à ces scénarios difficiles, elle se tourne vers les œuvres d’auteurs qui l’aident à s’orienter et qui l’inspirent. Dernièrement, elle s’est penchée sur les œuvres de la psychologue Alice Miller, du médecin Gabor Maté et du cinéaste Alejandro Jodorowsky (en particulier, le livre Psychomagic). Elle s’est toujours tournée vers l’extérieur pour trouver les diverses influences qui inspirent sa musique. Mais c’est avec cet album qu’elle s’examine enfin avec le même niveau d’attention. Working Class Woman est le produit d’un cheminement personnel: elle a puisé à l’intérieur d’elle-même afin de projeter une vision plus élargie du monde.

 

Label : Ninja Tune

 

Marie Davidson – So Right

 

 

Tracklist

  1. Your Biggest Fan
  2. Work It
  3. The Psychologist
  4. Lara
  5. Day Dreaming
  6. The Tunnel
  7. Workaholic Paranoid Bitch
  8. So Right
  9. Burn Me
  10. La chambre intérieure