La Mverte – The Inner Out

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Avant d’être La Mverte, Alexandre Berly fut Thanaton, moitié du duo de DJ parisiens Anteros & Thanaton, qui soufflait le chaud de l’italo-disco et le froid des synthés 80’s à l’orée des années 2010. Dans la mythologie grecque, Anteros incarne l’amour retourné, renvoyé comme par un miroir, et Thanatos, la mort. L’amour et la violence, déjà. Une poignée d’années bien remplies les amène jusqu’à croiser la route du pape du genre, DJ Harvey. Quand le duo raccroche, Alexandre entrevoit la configuration de ce qu’il sait désormais vouloir faire en solo.

S’il a grandi avec l’electro-clash des années 2000, une bonne part de son ADN musical est analogique : la fin des 80s, les jeunes gens modernes, Daho, Bashung, Jacno, Marquis de Sade, tout Rennes. Grâce à Internet, il se plonge dans des labels comme Celluloïd, dans le post punk anglais ou allemand, avec le livre de Simon Reynolds Rip it up and start again comme bible. D’une curiosité boulimique, il dévalise les librairies musicales, dévore le disco, la musique expérimentale…

Autodidacte insatiable, il a appris seul, en bon geek des forums, ces précurseurs des tutoriels vidéos. Lui qui a décliné le solfège et les cours de piano, alors seulement féru de rock, se rattrapera plus tard, commencera à la basse et se fera les dents sur Ableton live. Mais les synthétiseurs virtuels le frustrent, la musique s’étiole dans la programmation. Il va donc petit à petit accumuler les synthés analogiques qui forgeront sa couleur. Mélanger au shaker des patterns disco et des synthétiseurs sombres, ou inversement une rythmique martiale sur laquelle surfe un groove italo. Désenclaver les genres. Au fur et à mesure, les points s’assemblent et la production s’éclaire.

En 2013, alors qu’il joue avec l’iconoclaste Hugo Capablanca à Berlin, il fait la rencontre de Yan Wagner, qu’il accompagnera aux machines sur la tournée de Forty Eight Hours. C’est là qu’il rencontre David Shaw et que débute l’aventure Her Majesty’s Ship. Son 1er EP Through The Circles y parait en 2014. C’est aussi l’année où il participe à la très select Red Bull Music Academy (RBMA) à Tokyo, aux côtés de Zebra Katz, Xosar ou Palms Trax. Deux semaines 100% dans la musique où il rencontre notamment le DJ chilien affilié au label Cómeme, Alejandro Paz, avec qui il enregistre l’EP The Line, sorti en 2015 sur HMS.

S’en suivront les Transmusicales de Rennes en 2014, le patron Jean-Louis Brossard a un coup de cœur pour La Mverte, qu’il intègre à la programmation de l’Ubu, la salle névralgique de Rennes, à la suite de la résidence d’Optimo. Beau cadeau, puisqu’avec Andrew Weatherall ou Ivan Smagghe, c’est une des références de La Mverte. Les choses s’accélèrent. Son 2nd EP, A Game Called Tarot, paraît, les Nuits Sonores, Villette Sonique et le Sónar tombent. Une dynamique qui lui apporte un supplément de confiance dans ses orientations artistiques. Son voyage initiatique au travers des styles, des productions et des musiques a porté ses fruits et il peut enfin installer son matériel dans un vrai studio, qu’il partage avec Yan Wagner. Tout concourt à la réalisation de son 1er album, plus long, moins orienté pour le club. Un travail plus méthodique structuré au sein de la maison Her Majesty’s Ship.

On l’attendait, ce premier album. Son épine dorsale : une basse, des synthétiseurs. La ligne de basse précède souvent, quand ce ne sont pas des schémas rythmiques, avec une volonté spartiate de créer sous la contrainte. Une gangue disco-kraut motorique que La Mverte a initiée à son retour d’une tournée mexicaine avec HMS en mars 2016, poursuivie en pointillé au gré des tournées. A la fin de l’été, il se cloître en studio et accouche d’un album compact, qui ne convie que deux invités : Sarah Rebecca que l’on connaissait en tant que S.R. Krebs (« Silk ») et Yan Wagner (« Crash Course »).

Ce premier effort exsude une quête permanente de soi, de ses limites, des tentatives de les contourner, plus ou moins efficaces. La Mverte cite volontiers la littérature alternative américaine la plus proche du bitume, Hubert Selby Jr. Les histoires qui finissent mal lui semblent plus réalistes. Ce perfectionniste patenté aime apprendre de ses erreurs. La réussite, c’est dans le regard des autres qu’il veut la lire, espérant livrer sa musique à une multiplicité de lectures, comme en miroir, forcément ébréché.

Des pactes faustiens (« The Devil in the Details ») à la schizophrénie sous influence (« The Inner Out » – référence au Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, « Past the Circles »), du péché originel de la boîte de Pandore (« The Box ») au mythe de la Méduse et de sa puissance féminine (« No Gazing » – référence également au club Medusa de Chicago et à sa house originelle), ou aux lieux de perdition tels le Triangle des Bermudes (« Square Triangle »), La Mverte quadrille une carte identitaire et passionnelle désorientée, à arpenter bille en tête, telle une inexpugnable fuite en avant (« Going Astray »). Mais qu’on ne s’y trompe guère, ce n’est pas un tableau pessimiste qu’il livre là, plutôt la vision pragmatique d’un jeune homme qui préfère regarder la réalité sans faux semblants, quitte à y revenir plusieurs fois. Comme à ses morceaux, comme à son album, qui gagne à chaque nouvelle écoute, qui ne s’offre pas du premier coup. Comme lui.

 

 

Sortie : 13 octobre 2017 – InFiné

 

La Mverte « The Inner Out »

 

Tracklist
01 – Past the Circles
02 – Square Triangle
03 – The Inner Out
04 – Going Astray
05 – Crash Course (album version)
06 – The Devil in the Details
07 – Silk
08 – No Gazing
09 – The Box
10 – Rien Ne Se Perd