Nôze – Come With Us

COVER_Nôze - Come with usNôze a tendance à fourrer son nez un peu partout. L’enfant terrible de la house française a bien plus d’un tour dans son sac. Evidemment, on a retenu le duo fantasque qui joue torse poil en chapeau de paille, foutant le feu au dancefloor, la bouteille de champagne rigolarde bien ancrée en main. Et après ?! On ne va quand même pas s’arrêter à ça ?

Car Nôze est né d’une rencontre organique. Celle d’une écriture à deux. Une alchimie harmonique et mélodique qui a toujours transformé la house en ritournelles imparables. Si ce cinquième album semble plus pop que les autres, ce n’est peut-être qu’en clairs obscurs.

Ezechiel dévale aux claviers, Nicolas lui renvoie des machines, du texte et de la voix. L’écriture s’élève en allers-retours, émulation fraternelle qu’on sent épidermique chez les deux comparses de près de quinze ans. Des expériences free jazz des débuts au blues amoureux de « Come With Us », ce que Nôze a toujours su faire, c’est de la musique à deux. House de sales gosses, chanson klezmer en roue libre, blues de lover éploré ? Qu’importe ! Après tout, Nôze a été précurseur de l’utilisation de la musique électronique comme technique plutôt que comme esthétique.

Partant de là, surprenez-vous, oubliez les carcans. Nôze se répète rarement, prend souvent la tangente. « Come With Us » est le plus romantique de tous leurs albums. Le chant lead de Nicolas y égrène le blues indolent d’histoires d’amours bancales. C’est la vie, les histoires d’amour finissent mal, en général.

Mais qu’elle a été longue l’attente depuis « Dring » ! A l’écoute d’un morceau comme ‘Apache’, on comprend cependant pourquoi il a fallu plus de trois ans pour composer un camaïeu harmonique aussi riche en sons qu’en émotions. L’histoire d’un type un peu à côté de ses pompes, un original borderline que l’on prend facilement pour un fou. Quelle intensité dans ce spleen dégingandé, quelle empathie. Que celui que ce morceau ne touche pas au tréfonds jette la première pierre. On se perd dans ce spleen d’indien envapé en circonvolutions de mellotron.

Un enchaînement comme une évidence avec ‘Teardrops’, où la voix de Nicolas se fait grave et fragile, comme si Leonard Cohen avait rencontré les synthés de Manureva. Si l’on ne perd pas l’absurdité qui a parfois caractérisé Nôze (‘Saint’ et cette magie toujours inégalée de faire danser le français), on navigue pourtant en plein blues post moderne. Etape touchante d’un groupe qui bien que désormais adulte, se réinvente toujours avec candeur.

Et au désormais long cours d’une discographie plurielle, c’est peut-être ce que l’on retient le plus : une singularité spontanée qui se fiche du qu’en dira-t-on. C’est accompagnés de proches qu’ils ont décidé d’explorer à rebours ces années 70 à la fois flamboyantes et mélancoliques qui leur tenaient à cœur. Un voyage en sépia surexposé au cours duquel les comparses Emiliano Turi (batterie) et Thibault Frisoni (guitare) n’étaient pas de trop pour porter haut et fort la charge émotionnelle.

Au nombre des proches, on compte également Dani Siciliano, la chanteuse amie de longue date en featuring sur ‘I Need to Know’, qui incarne avec Nicolas un couple dans le doute. Sur ‘Come With Me’, c’est JAW, chanteur du groupe dOP et des Fils du Calvaire,  qui réfrène les aigus de son chant comme Nico dompte la puissance du sien, pour nous offrir un duo de crooners fragiles, parfaitement dans le ton de cet album émouvant.

Une cohérence sensible qui pourrait être celle de l’époque. Est-ce que tout ce bordel ne va pas bientôt cesser ? Sérieusement ?! Finie l’esbroufe ! Soyons un peu honnêtes, voire même sincères. Si après l’écoute de l’album, sur les c(h)œurs à l’émotivité à peine rentrée de ‘Supernova’, vous n’avez pas envie de serrer votre voisin dans vos bras, réécoutez-le en entier ! Et, si vraiment ce n’est pas le cas, on ne peut plus rien pour vous. A moins que… « Come With Us » !

En contrepoint de l’album, une version entièrement remixée par le groupe lui-même, exercice à la schizophrénie jouissive et spontanée, sera offerte aux acquéreurs de l’album sur iTunes, ainsi que sur un CD bonus accompagnant la version physique.

 

Sortie : 27 avril 2015 (digital) / 11/05 (CD/LP) – Circus Company

 

Nôze – I Need To Know feat. Dani Siciliano

 

 

Tracklist
01 – I Need To Know feat. Dani Siciliano
02 – Perdre Son Âme
03 – Apache
04 – Teardrops
05 – The Crab Dance
06 – Saint
07 – Cherry Trees
08 – Come With Me feat. JAW
09 – Holding You
10 – Supernova