Rubin et le Paradoxe – Rubin et le Paradoxe

Rubin est un magicien. Au propre comme au figuré. D’une part parce qu’il réussit une alchimie rare entre musique électronique et chanson. D’autre part parce qu’il a commencé sa vie de jeune homme en poursuivant son rêve d’enfant, à savoir devenir magicien, certainement inspiré par un père féru d’astronomie. Il ira même jusqu’à s’inscrire à l’académie de magie à Paris. Pourtant c’est la musique, son autre passion, qui devient vite l’activité principale, et même le métier de cet alchimiste du contrepied : il compose, écrit et joue pour le théâtre et la mode, ainsi que pour d’autres artistes interprètes. Pour lui, faire de la musique est une nécessité, mais enregistrer un disque n’est pas encore un besoin.

Mais Rubin est aussi un homme. Les affres et les beautés de la vie le concernent comme tout un chacun, du deuil à la naissance, et l’inscriront dans l’urgence d’une création plus personnelle. Son premier EP ouvre les vannes de la création en son nom propre. Il lui faudra attendre la fin d’une tournée de près de deux ans des Jeux de l’amour et du hasard de Marivaux pour aboutir son projet. La bonne fortune défie toujours la logique chez Rubin, qui prend un malin plaisir à être là où on ne l’attend pas.

La fréquentation du théâtre lui a donné l’habitude de se mettre au service du texte, et des auteurs comme Koltès, Racine ou Copi l’ont autant influencé que certains musiciens. Ses références musicales piochent d’abord dans les disques des 70s que ses parents écoutaient : Pink Floyd, Moroder, Alan Parsons Project. Il y ajoute son goût pour les jeunes gens modernes des 80s, de Taxi Girl à Bashung. Nappes et boîtes à rythme

Avec ce premier EP, Rubin présente quatre chansons empreintes d’une pop électronique nébuleuse et d’une voix cristalline. Exempt de batterie, les compositions reposent essentiellement sur des boîtes à rythme, des synthétiseurs (moogs, mellotron, etc.) et des basses. Une phrase y décide souvent de tout, les morceaux se construisant alors… comme par magie !

« Le Matin des Magiciens » est une chanson mystique, en trois parties. D’abord une encyclique, qui atteste que la connaissance découle de l’expérience. Pour incarner un texte aussi fort, qui d’autre que Brigitte Fontaine ? Rubin y va au culot. Il lui envoie le texte par courrier, après l’avoir fait calligraphier. Quelques mois plus tard, le texte ayant résonné en elle, ils l’enregistrent : deux prises suffiront. Pour le reste, c’est Rubin qui chante, avec l’envie d’effacer le genre masculin/féminin de la voix. Le morceau s’achève sur une sonnerie de réveil, qu’on retrouve dans beaucoup d’albums progressifs des années 70 et qui symbolise le début de l’introspection. On revient alors à la vie d’un homme contemporain : deuil, rupture, joie, nuit, psychotropes, avec un sens certain du lâcher prise.

Avec « Fils de joie« , la magie devient rose, toute de séduction, et négocie des plaisirs faciles. Le désir animal s’y exprime jusque dans les cris aigus du refrain. Cette voix préexistante à laquelle Rubin a cousu main une bande son sensuelle.

« Je Salue la Nuit » poursuit sur la fuite qui prolonge une rupture amoureuse. Le titre fait notamment référence au King Kong Théorie de Virginie Despentes. Cette chanson légère aborde à nouveau de l’expérience, avec une écriture volontairement naïve, qui exprime la facilité avec laquelle la nuit nous offre des terrains de jeu libérateurs.

« L’Enchanteur » clôt l’EP sur une épopée synthétique en forme de rituel païen, dont l’enjeu serait la réconciliation de polarités amoureuses opposées. La voix de Rubin s’élève en tourbillons polyphoniques et conjure les paradoxes nocturnes du cœur.

 

Sortie : 19 janvier 2018 – Her Majesty’s Ship

 

Tracklist
1. Le Matin des Magiciens (feat. Brigitte Fontaine) / 2. Fils de Joie / 3. Je Salue La Nuit / 4. L’Enchanteur

 

Rubin – Fils de Joie