Saycet – Mirage

COVER_Saycet - MirageIl aura fallu quatre ans au parisien Pierre Lefeuvre pour donner le jour à « Mirage », 3ème album de son projet Saycet, après « One Day At Home » en 2005, et « Through The Window » en 2010. Quatre années au cours desquelles il a enfin pu se consacrer entièrement à la musique, grâce à de multiples collaborations avec le Centre Pompidou ou France Culture, et à une tournée qui l’a emmené jusqu’en Asie et en Russie.

« Je voulais faire un disque vraiment plus racé, plus frontal, quelque chose de moins alambiqué. » En musclant les compositions pour la tournée précédente, Pierre Lefeuvre s’est aperçu du plaisir qu’il prenait à épaissir ses lignes de basses et à pousser les rythmiques plus en avant.

« Mirage » c’est dix titres en mouvement qui flottent quelque part entre pop abstraite, electronica baroque et techno lumineuse. Pour les cinq morceaux chantés de l’album Pierre Lefeuvre a de nouveau travaillé avec sa complice de l’album précédent, la chanteuse Phoene Somsavath qui signe les textes et la plupart des lignes de chant. Ensemble ils ont tricoté ces comptines mélancoliques assumant une certaine tentation pop. « C’est la mélodie qui est devenue prétexte à l’arrangement alors qu’avant c’était l’inverse, avant je me réfugiais derrière le mouvement electronica. Aujourd’hui j’essaie moins de singer quelque chose. »

On entre dans l’album par « Ayrton Senna », un entrelacs de cellules harmoniques minimalistes qui se croisent en une lente montée jusqu’à se confondre. Pierre se souvient de la mort en direct à la télévision un dimanche de 1994 du pilote de Formule 1. La violence de cette scène et le choc émotionnel violent qui l’a suivie, comme symbole du passage de l’enfance à l’adolescence.

Sur « Mirages », Pierre chante pour la première fois de sa vie. Sa voix grave vient soutenir celle de Phoene pour créer sur les refrains une nouvelle entité, un étrange fantôme chargé d’émotions. Puis vient l’impact de « Météores » et ses accords de piano plaqués qui se fondent peu à peu dans les chœurs de mellotron pour finir en averse tropicale.

« J’aime faire de la matière avec plusieurs instruments mais j’essaie de moins dénaturer les sources que je prends. » Sur « Volcano » on voit que Saycet a aussi perdu beaucoup de sa candeur. Il n’a pas peur d’exprimer frontalement une certaine violence, à peine tempérée par le chant nostalgique de Phoene.

« Half Awake » est la première mélodie que Pierre Lefeuvre a composée. Il la chantera lui-même sur scène, mais il a fait appel pour le disque à la voix grave et profonde de Yan Wagner : « Yan c’est du Sinatra, c’est un crooner. » Si elle a de quoi surprendre, l’association de ces deux univers est d’une rare élégance.

Après le lyrique « Northern Lights », retour au calme sur le très doux « Kananaskis » bercé par la voix de Phoene. Introduction parfaite à l’un des temps forts de l’album, le titre « Cité Radieuse », hommage à l’un des plus célèbres bâtiments de Le Corbusier que Pierre Lefeuvre a la chance de visiter régulièrement. Au cours des 4 années passées, il a découvert l’architecture dont la rigueur et la force irriguent le disque de bout en bout : « Je ne m’étais jamais dit qu’un bâtiment pouvait me procurer des émotions ».

« Mirage » s’achève par « Quiet Days », dernier titre chanté par Phoene Somsavath, et « Smiles from Thessaloniki », un morceau épique, le plus long du disque, où Pierre parvient à sublimer ses émotions les plus intimes.

Emancipé de ses mentors Saycet refuse de nous livrer des « émotions pré-mâchées ». Avec « Mirage », il creuse un tunnel féérique entre lui et nous. Il y fait rouler un train-fantôme, peuplé de créatures envoutantes et baigné d’une lumière éblouissante. Il nous tend des perches pour sortir de son labyrinthe, à nous de savoir les saisir.

En live, la musique de Saycet se fait plus puissante, enrichie par le travail vidéo de Zita Cochet qui joue aussi sur des matières et des textures abstraites. Phoene Somsavath, partie promener sa voix en Ecosse, c’est Louise Roam qui accompagnera Pierre sur scène. Chanteuse et violoniste, elle vient ajouter ses tremolos stellaires à la musique de Saycet. «Maintenant j’ai envie d’agripper les gens, peut-être même de force. » Nous voilà prévenus.

 

Sortie : 23 février 2015 – Meteores

 

Saycet « Volcano »

 

 

Tracklist
1. Ayrton
2. Mirages
3. Volcano
4. Meteores
5. Half Awake
6. Northern Lights
7. Quiet Days
8. Cité Radieuse
9. Kananaskis
10. Smile From Thessaloniki